Prose (nom féminin, subst. féminin)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom féminin 

Langage, manière d'écrire qui n'est point assujettie à une certaine mesure, à un certain nombre de pieds et de syllabes, etc.; il se dit par opposition à Vers, à poésie. "Prose française. Écrire en . Il a traité le même sujet en vers et en . Mélanges de vers et de . Épître en mêlée de vers. Comédie en cinq actes et en . Ce n'est pas de la poésie, ce n'est que de la rimée."
"Prose poétique," Prose qui affecte le ton et le style figuré de la poésie.
Fig. et fam., "Faire de la sans le savoir," Réussir par hasard et sans dessein.
PROSE se dit familièrement d'un Simple écrit. "J'ai reçu de sa ."
Il se dit aussi d'une Sorte d'hymnes latines, où la rime et le nombre des syllabes remplacent la quantité, et que l'on chante à la messe immédiatement avant l'évangile, dans les grandes solennités. "La du Saint Sacrement. La des morts. Le" Dies irae, "le" Stabat Mater "sont des s".



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. féminin 



 1   Discours non assujetti à une certaine mesure, à un certain nombre de pieds et de syllabes.
VAUGEL.: « Il y en a qui tiennent que ce n'est point un vice qu'un vers dans la , encore qu'il fasse un sens complet et qu'il finisse en cadence, pourvu qu'il ne soit pas composé de mots spécieux et magnifiques, et qui sentent la poésie ; mais je ne suis pas de leur avis »
VAUGEL.: « Ronsard, qui était un grand poëte, disait fort bien dans la connaissance qu'il avait de la différence qu'il y avait entre la poésie et la , qu'elles étaient mortelles ennemies »
VAUGEL.: « Il est certain que la , pour satisfaire l'oreille, doit avoir ses cadences et ses mesures, comme la poésie »
VOLT.: « Écrit en qui veut, mais en vers qui peut »
VOLT.: « On a tenté de nous donner des tragédies en ; mais je ne crois pas que cette entreprise puisse désormais réussir ; qui a le plus ne saurait se contenter du moins »
VOLT.: « Ce morceau [de Buffon], dérobé à la poésie, semble être de Massillon ou de Fénelon, qui se permirent si souvent d'être poëtes en »
VOLT.: « Je suis indigné, depuis quelques années, de la de Paris, et surtout de la des avocats, qui parlent presque tous comme maître Petit-Jean »
VOLT.: « Vous m'ordonnez, monseigneur, de vous présenter quelques règles pour discerner les mots de la langue française qui appartiennent à la , de ceux qui sont consacrés à la poésie »
D'ALEMB.: « Despréaux écrivait ordinairement ses ouvrages en , avant que de les mettre en vers ; on assure que Racine en usait de même pour ses tragédies »
MARMONTEL: « La avait-elle autrefois cette précision, cette rapidité, ce mouvement, cette couleur, cette âme enfin, qu'elle a reçue de nos modernes écrivains ? »
DELILLE: « Ces bosquets de Saint-Pierre, île délicieuse, Qu'embellit de Rousseau la harmonieuse ! »
P. L. COUR.: « Hérodote suivit de près ces premiers inventeurs de la [Xanthus, Hellanicus, etc.], et mit plus d'art dans sa diction, moins incohérente, moins hachée »
P. L. COUR.: « La naissante [dans la Grèce] s'empara de l'histoire, en exclut la poésie comme de bien d'autres sujets »
P. L. COUR.: « C'est que vraiment la poésie est l'enfance de l'esprit humain, et les vers l'enfance du style, n'en déplaise à Voltaire et autres contempteurs de ce qu'ils ont osé appeler vile »
    Prose poétique, qui a les caractères de la poésie, sauf la mesure.
VOLT.: « Le style de Platon prévalut, quoique ce style de poétique ne convienne point du tout à la philosophie »
    Fig. Faire de la sans le savoir, réussir par hasard et sans dessein (locution tirée de la phrase du Bourgeois gentilhomme de Molière, qui elle-même provient de l'aventure du comte de Soissons, ci-dessous rapportée).
MOL.: « Le maître : Tout ce qui n'est point est vers, et tout ce qui n'est point vers est . - M. Jourdain : Et comme l'on parle, qu'est-ce que c'est donc que cela ? - Le maître : De la . - M. Jourdain : Quoi ! quand je dis : Nicole, apportez-moi mes pantoufles, et me donnez mon bonnet de nuit, c'est de la ? - Le maître : Oui, monsieur. - M. Jourdain : Par ma foi, il y a plus de quarante ans que je dis de la , sans que j'en susse rien »
SÉV.: « Comment, ma fille ? j'ai donc fait un sermon sans y penser ? j'en suis aussi étonnée que M. le comte de Soissons quand on lui découvrit qu'il faisait de la »
    Fig. En vers et en , de toute façon.
SÉV.: « Je suis assurée de votre santé.... dites-le-moi cependant encore ; écrivez-le-moi en vers et en »
    Familièrement. De la de quelqu'un, un écrit, une lettre de lui.
RÉGN.: « Mais, monsieur, n'avez-vous jamais vu de ma ? »
CORN.: « Le maître est tout à vous, et voici de sa »

 2   Terme d'Église. Hymne latine rimée que l'on chante à la messe immédiatement avant l'Évangile dans les grandes solennités, ainsi dite parce qu'on y observe seulement le nombre des syllabes, sans avoir égard à la quantité prosodique. La des morts.
MARMONTEL: « La plus belle de l'Église, le Dies irae, qui devrait être l'objet de l'émulation de tous les grands musiciens »
CHATEAUBR.: « Racine, en imitant ces s, a pensé qu'elles étaient dignes de sa muse »
    Fig. et familièrement. Que diable !
REGNARD: « tu réponds toujours la même . - Mais tu me dis aussi toujours la même chose »

HISTORIQUE
    XIIIème siècle
BRUN. LATINI: « La grans partisons [division] de tous parleors est en deus manieres, une qui est en , et une autre qui est en rime ; mais li enseignement de rhetorique sont commun andui [tous les deux], sauf ce que la voie de est large et pleniere, si comme est ore la commune parleure des gens ; mais li sentiers de rime est plus estroiz et plus fors »
    XIVème siècle
CRETON: « Or vus vueil dire.... Les paroles.... Car retenues les ay bien, ce me semble ; Si les diray en ; car il semble Auculnes fois qu'on adjoute ou assemble Trop de langage à la matiere de quoy on fait ouvrage »
     Chron. de St Denis, t. I, f° 196, dans LACURNE: Ung commandement de l'empereur Chailes le Chauve, par quoy il revestoit son fils du royaulme de France, et luy requeroit [au pape] qu'il conferma celle par son privilege
    XVème siècle
     Patelin: Quoy ! tu fais le rimeur en : Et à qui vends-tu tes coquilles ?
    XVIème siècle
CALV.: « Letanies, hymnes et s, où ils magnifient les saincts jusques au bout »
RONS.: « Et semble à ces versificateurs avoir beaucoup fait pour la republique, quand ils ont composé de la rimée »
MONT.: « Comme disoit celuy-là [Sénèque], aussi poetiquement en sa [qu Horace en ses vers].... »
MONT.: « La meilleure ancienne, et je la seme ceans indifferemment pour vers, reluit partout de la vigueur et hardiesse poetique »
COTGRAVE: « De peu de chose peu de »

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. espagn. et ital. prosa ; du lat. prosa et aussi prorsa, de prorsus, direct, droit : le grec nommait aussi la , la droite, parce que la a moins de transpositions que les vers.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. féminin 


Discours qui n'est point assujetti à une certaine mesure, à un certain nombre de pieds et de syllabes. "Prose grecque. Prose latine. Prose française. Le langage de la est plus simple et moins figuré que celui des vers. Écrire en . Il a traité le même sujet en vers et en . Mélanges de vers et de . Épîtres en mêlée de vers. Pièces mêlées de vers et de . Comédie en cinq actes et en . Il n'y a pas là de poésie, ce n'est que de la rimée. Les meilleurs critiques ne reconnaissent pas de poëmes en ."
Prov. et fig., "Faire de la sans le savoir," Réussir par hasard et sans dessein.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi d'Une sorte d'hymnes latines, où la rime et le nombre des syllabes remplacent la quantité, et que l'on chante à la messe immédiatement avant l'évangile, dans les grandes solennités. "La du saint sacrement. La des morts."



1ère ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Subst. féminin 


Discours qui n'est point assujetti à une certaine mesure, à un certain nombre de pieds et de syllabes. "Prose Grecque, Prose Latine, Prose Françoise. Le langage de la est plus simple et moins figuré que celui des vers. Écrire en . Il a traité le même sujet en vers et en . Il n'y a pas là de poésie, ce n'est que de la rimée. Cet écolier a remporté le prix de dans sa classe".



2ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Prose, se dit aussi d'Une sorte d'ouvrage latin en rimes, où, sans observer la quantité, on observe le nombre des syllabes. On chante à la Messe immédiatement avant l'Évangile, quelques ouvrages de cette nature, dans les grandes solennités. "La du Saint Sacrement. La des Morts".



1ère signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Subst. féminin 


Discours qui n'est point assujéti à une certaine mesure, à un certain nombre de pieds & de syllabes. "Prose Grecque. Prose Latine. Prose Françoise. Le langage de la est plus simple & moins figuré que celui des vers. Écrire en . Il a traité le même sujet en vers & en . Il n'y a pas là de poësie, ce n'est que de la rimée. Cet écolier a remporté le prix de dans sa classe."



2ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



se dit aussi d'Une sorte d'ouvrage latin en rimes, où, sans observer la quantité, on observe le nombre des syllabes. On chante à la Messe immédiatement avant l'Évangile, quelques ouvrages de cette nature, dans les grandes solennités. "La du saint Sacrement. La des Morts."



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Subst. féminin 


Discours qui n'est point assujetti à une certaine mesure, à un certain nombre de pieds & de syllabes. "Prose grecque. latine. françoise. le langage de la est plus simple & moins figuré que celuy des vers. escrire en . il a traité le mesme sujet en vers & en . il n'y a pas là de poësie, ce n'est que de la rimée. cet Escolier a remporté le prix de la dans sa classe".
"Prose," se dit aussi en parlant d'une sorte d'Ouvrage latin en rimes, où sans observer la quantité, on n'observe que le nombre des syllabes. On chante dans l'Eglise quelques ouvrages de cette nature. "La du S. Sacrement. la des morts".




Emplacement dans le dictionnaire :

prorogatif
prorogation
proroger
prosaïque
prosaïquement
prosaïser
proscription
proscrire
proscrit

prosecteur
proselyte
prosélyte
prosélytique
prosélytisme
prosier
prosodique
prosodiquement
prospect
prospecter
prospectif




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...foule. Dans l'histoire du français il faut tenir compte du pédantisme. Sur près de deux mille mots purement latins en sion et tion, il n'y en a pas vingt qui puissent entrer dans une belle page de prose littéraire ; il y en a moins encore qu'un poète osât insérer dans un vers. Ces mots, et une quantité d'autres, appartiennent moins à la langue française qu'à des langues particulières qui ne se...


Citation n°2 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...alexandrins, mais il faut nous méfier de la typographie ; elle joue dans l'histoire du vers libre un rôle trop souvent prépondérant. Jadis il ne s'agissait pour un mauvais poète que de couper de la prose toutes les douze syllabes et d'orner les finales de quelconques rimes ; aujourd'hui, le hachoir est moins mesuré, et il coupe non plus selon l'arithmétique, mais selon des intentions difficilement...


Citation n°3 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...des espoirs qui n'avaient paru d'abord que d'obscurs désirs. note sur un vers libre latin : vers le neuvième siècle, en même temps que le vers latin, de mélodique, se faisait syllabique, la prose oratoire subissait la même transformation, les syllabes aiguës étant devenues les syllabes fortes. La prose rythmique et la poésie syllabique ont la même origine et sans doute le même âge. La prose...


Citation n°4 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...neuvième siècle, en même temps que le vers latin, de mélodique, se faisait syllabique, la prose oratoire subissait la même transformation, les syllabes aiguës étant devenues les syllabes fortes. La prose rythmique et la poésie syllabique ont la même origine et sans doute le même âge. La prose rythmique tient à la fois de la prose et du vers ; c'est ce que nous dit l'auteur d'une ancienne vie de...


Citation n°5 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...la douce cadence du vers, ad quamdam tinuli rhythmi similitudinem ; elle ne se compose pas absolument de vers, puisque ses vers ou versets n'ont pas un nombre fixe d'accents ; elle n'est point de la prose pure, puisque l'accent y joue un rôle sans doute prépondérant, quoique obscur. La rime ou l'assonance achèvent de la différencier d'avec la prose ordinaire. Ses éléments sont donc, je ne dis pas, le...


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